L’agriculture lunaire : Le SCK•CEN envoie une expérience dans l’espace

2019-08-06

50 ans après le premier pas de l’Homme sur la Lune, la fusée SPACEX-18 s’est envolée le 24 juillet 2019 depuis le Kennedy Space Center de Floride en direction de la Station spatiale internationale (ISS). À son bord : de la roche basaltique et quelques bactéries. « Cette expérience en vol nous permet d’étudier s’il est possible d’utiliser des roches ‘locales’ (par exemple des roches lunaires) pour rendre la vie biologique possible dans l’espace », explique la microbiologiste Natalie Leys (SCK•CEN). Cette expérience sera-t-elle notre voie d’accès à l’ambitieux projet de village lunaire ?

 De nombreux projets d’envergure visant à construire un village sur la Lune sont en gestation. Ce village lunaire servirait de tremplin pour atteindre la très convoitée planète Mars sur laquelle l’Homme aimerait un jour poser le pied. « L’un des grands obstacles à la réussite d'un tel projet est l’autonomie d’approvisionnement en nourriture et en eau. Se ravitailler régulièrement est impossible pour les futurs habitants de ce village lunaire », précise Natalie Leys, microbiologiste au SCK•CEN. Les scientifiques du SCK•CEN réfléchissent à des solutions qui permettraient aux astronautes de produire eux-mêmes leur eau, nourriture et oxygène. « Nous avons par exemple envoyé le tout premier bioréacteur dans l’espace en décembre 2017. Ce mois-ci, nous avons envoyé une nouvelle expérience dans l’espace », raconte Natalie.

Avec cette nouvelle expérience en vol, le SCK•CEN étudie la possibilité d’utilisation de matières premières « locales » (par exemple des roches lunaires) pour rendre possible la vie dans l’espace. « Les bactéries adhèrent-elles à ce type de roche lunaire et s’y développent-elles ? Sont-elles capables, sous l’influence de la microgravité et des rayonnements cosmiques, de libérer les nutriments nécessaires de la roche lunaire et, dans une phase ultérieure, d’altérer la roche pour en faire un sol plus ‘fertile’ ? Ces nutriments pourraient alors être utilisés comme matières premières pour la production alimentaire, l’agriculture spatiale », explique le chercheur du SCK•CEN Rob Van Houdt, en charge de la coordination du projet. L’expérience se déplacera en orbite autour de la Terre dans la station spatiale internationale pour une période de trois semaines et est effectuée en collaboration avec le UK Centre for Astrobiology, le German Aerospace Center et l’université d’Aarhus.

Basalte
Les différents partenaires travaillant sur cette expérience utilisent le basalte comme roche sur laquelle trois bactéries ont été disposées. « Le basalte est une roche volcanique que l’on retrouve sur Terre et sur la Lune », affirme Rob Van Houdt (SCK•CEN). « Nous étudions la bactérie Cupriavidus metallidurans. Cette bactérie du sol très coriace est capable de survivre dans l’eau avec très peu de nutriments, de résister aux éléments toxiques se trouvant dans le sol et a déjà prouvé qu’elle se développait dans l’espace. Nos partenaires passent deux autres bactéries à la loupe. »

Une dépendance aux matières premières terrestres moindre
Les résultats de l’étude ont permis de mieux comprendre la bioprospection minière (biomining). « En d’autres termes, nous voyons comment il est possible d’obtenir des nutriments en exploitant différentes surfaces planétaires. Comprendre ce phénomène nous donne l’opportunité d’améliorer ces processus et, in fine, d’être moins dépendants des matières premières terrestres précieuses », conclut Natalie Leys (SCK•CEN).